La crise du verglas : 20 ans déjà !

MARIEVILLE – Nous avons ressorti aujourd’hui la série de négatifs photos que nous avions précieusement remisée dans nos voûtes et qui retracent une page d’histoire assez sombre qui avait frappé le Québec et plus particulièrement la Montérégie, à partir de la nuit du 5 janvier 1998. Moment d’émotions…

Que de souvenirs qui sont remontés à la surface… Derrière certaines de ces photos de paysages au charme bucolique, des drames se vivaient tout près de là…

Nous étions sur le terrain dès les premières heures pour vivre ce qui allait devenir la célèbre crise du verglas, qui allait paralyser la région durant plus d’un mois…

Je me souviens de cette fameuse soirée du 5 janvier où nous nous étions rendus à Saint-Césaire pour voir les pylônes électriques crouler sous le poids de la glace et exploser sous nos yeux, tombant un à un au sol dans un effet de domino, nous laissant pantois devant un paysage dévasté, dans une vision d’horreur de fin du monde !

Pylônes effondrés sous le poids de la glace à Saint-Césaire…

Pendant tout le mois qui a suivi, nos avons dû quitter notre domicile marievillois pour nous réfugier à Chambly dans un immeuble à logements où nous avons pu rejoindre des membres de notre famille pour vivre en commune, sans eau ni électricité, comme nos ancêtres d’autrefois.

C’est à travers cette crise que l’on a pu prendre toute la mesure de l’être humain, surtout son meilleur côté face à l’adversité.

La Montérégie, rebaptisée Le Triangle Noir durant cette crise du verglas, aura été la région la plus éprouvée. À Chambly, l’école secondaire avait servi de refuge aux sinistrés. Tout avait été mis en place pour offrir le gîte et la nourriture.

Et pour les gens qui étaient demeurés chez eux, l’armée canadienne avait été dépêchée sur les lieux pour assurer des rondes pour voir si tout allait pour le mieux.

Cette crise a également mis en relief l’élan de générosité des Québécois. Des convois de bois de chauffage arrivaient de partout au Québec. La mairie de Sainte-Angèle-de-Monnoir en avait reçu un du Lac-Saint-Jean. Et écrit au crayon-feutre noir, sur une des bûches de bois livré, les citoyens de ce coin de pays y allaient d’un message d’encouragement.

Et il y a tout ce travail colossal effectué par les monteurs de lignes, dont plusieurs provenaient des États-Unis, qui ont travaillé d’arrache-pied jour et nuit pour remonter le réseau électrique. Tout ça en un mois !

20 ans se sont écoulés depuis la crise du verglas et il m’arrive d’y penser chaque fois qu’un redoux se pointe le bout du nez en janvier et recouvre de givre le paysage. Lorsque je me retrouve derrière mon appareil photo pour y capturer les images, c’est comme si je montais à bord de la machine à voyager le temps de H. G. Wells.

La crise en chiffres

Du 5 au 10 janvier 1998, la pluie verglaçante est tombée pendant 80 heures au total, laissant une couche de 50 à 100 millimètres de verglas sur toutes les structures. Selon une étude de l’Institut de Prévention des Sinistres Catastrophiques, les dommages assurés et non assurés, ainsi que les pertes économiques, se sont élevés à environ 6,4 milliards $CAN (de 1998) pour l’ensemble des régions touchées.

Environnement Canada décrit ainsi les effets de la tempête sur le Canada :

  • «28 personnes sont mortes (neuf par accidents, sept par intoxication au monoxyde de carbone, cinq dans des incendies, quatre d’hypothermie et trois par des activités à risque diverses comme le déneigement des toits glacés)» ;
  • « environ 900 000 foyers ont été privés d’électricité au Québec et 100 000 en Ontario » (en général un client moyen représente de trois à quatre personnes) ;
  • « environ 100 000 personnes ont dû se réfugier dans des centres d’hébergement » ;
  • « sur une période de 24 à 48 heures, certains ont dû faire bouillir leur eau avant de la consommer » ;
  • « les compagnies aériennes et ferroviaires ont dû inciter les gens à éviter la région touchée » ;
  • « 16 000 soldats (y compris 3 700 réservistes) ont été déployés pour aider au nettoyage et aux évacuations et pour assurer la sécurité » (Opération Récupération)
  • « des millions de résidents des régions touchées ont dû vivre en transit, visitant leur famille pour se laver ou partager leur repas ou emménageant temporairement chez des amis ou dans un centre d’hébergement » ;

L’épisode prolongé de verglas a endommagé des millions d’arbres, 120 000 km de lignes électriques et de câbles téléphoniques, 130 pylônes majeurs de transport évalués à 100 000 $CAN chacun et environ 30 000 poteaux de bois à 3 000 $CAN pièce » (selon un article du journal Le Devoir de 2008, ce sont 1 000 pylônes d’acier et 16 000 poteaux en bois qui se sont écroulés seulement au Québec) .

Photographies : André Corbeij ©