Crise du verglas: Pierrette Meunier se souvient…

 André Corbeij

ROUGEMONT – Janvier 1998, un mois qui en aura marqué plusieurs…surtout les résidents du fameux «Triangle Noir», ceux et celles qui ont subi la célèbre crise du verglas. La température des derniers jours avec son cocktail de pluie et de grésil n’est pas sans nous rappeler cette sombre page d’histoire.

Ce matin même (13 janvier) vers 7 h, nous avons eu un petit pincement au coeur lorsque nous avons constaté qu’il n’y avait plus d’électricité, ici, dans notre belle campagne marievilloise. Il faisait très froid dans la maison.

Premier réflexe, s’habiller chaudement et trouver le petit poêle au gaz cacher au fond du garage dans l’arrière-cour, pour se faire bouillir un peu d’eau pour se faire un petit café. Puis pouf ! Retour du courant. Soupir de soulagement…

Mais il en a été autrement en 1998. Pendant plus de 30 jours, les résidents de la Montérégie ont été plongés dans le noir. Pierrette Meunier fut l’une des premières sur la ligne de feu lors de la crise du verglas à Rougemont avec son époux, Bruno de Repentigny, qui était le chef des pompiers.

C’est le service des incendies et le village, avec le concours de la DG Madame Berthiaume, que les mesures d’urgence ont été mise en place. Pierrette Meunier était en première ligne pour accueillir les gens et diriger les personnes vers les services. Elle s’occupait du logement, de la répartition du bois de chauffage et de la nourriture.

«Ç’a été toute une aventure. Dès le début de la crise, nous avions installé notre quartier général au Bureau d’informations touristiques. Les pompiers avaient leurs quartiers au sous-sol et le plancher principal servait de centre de coordination et de cafétéria. Nous étions coupés de tout. Les routes étaient impraticables, les poteaux d’Hydro et les arbres s’effondraient partout. Nous savions que ç’a allaient durer un bon moment, mais pas 33 jours ! Je crois que nous avons été parmi les derniers à être rebranchés», se rappelle madame Meunier.

Cette dernière mentionne qu’à l’époque Rougemont était divisé en deux municipalités, la ville et la paroisse. La collaboration entre les deux instances aura permis de passer au travers de la crise avec efficacité.

«L’entraide et la solidarité ont été très fort à Rougemont. Les pères cisterciens et les pères oblats nous ont ouvert leurs portes pour loger et nourrir nos citoyens. À l’époque, Rougemont avait une population d’environ 2500 habitants. Les deux tiers avaient eu besoin d’aide pour divers services, notamment la nourriture et le gîte. Les gens qui avaient un foyer au bois dans leur maison s’arrangeaient comme il le pouvait», explique Mme Meunier.

Pompiers en alerte

La vingtaine de pompiers de Rougemont a été en alerte jour et nuit pendant la crise du verglas. Beaucoup de résidences ont subi des inondations, les pompes à puisard ne fonctionnant plus. Il y a même eu incendie chez le cousin de madame Meunier.

«Ma famille a été très éprouvée pendant la crise du verglas. Les pompiers ont dû couper des arbres pour se rendre à la résidence de mon cousin pour se rendre le feu. Mon ancien conjoint et son épouse se sont ramassés à l’hôpital pour une intoxication à cause d’un chauffage d’appoint. Ma fille, qui venait d’avoir un bébé, était seule parce que son mari était affecté aux mesures d’urgence. Mon garçon Patrick qui est pompier et qui travaillait avec l’armée à couper des arbres, a reçu le bout d’une hache dans la figure. Il était pas mal magané», raconte madame Meunier.

Au plus fort de la crise, le chef des pompiers, feu Bruno de Repentigny, en larmes, avait livré un émouvant témoignage à la télévision.

«Comme nous coordonnions tout, nous n’avions pas le temps de nous occuper de notre propre famille. Nous vivions au centre d’urgence et nous dormions seulement deux ou trois heures par nuit. Bruno était très attristé par cette situation. Moi-même, je n’avais pas pu accompagner mon fils en ambulance lorsqu’il s’est blessé avec la hache», raconte mme Meunier.

Ces derniers ont pu souffler un peu quand l’armée est arrivée.

«Nous n’avions pas beaucoup dormi pendant les premiers jours de la crise. La SQ nous avait proposé d’aller passer une couple de jours au chaud à Québec. Mon mari Bruno avait dit non: «Tu ne quittes pas le navire quand il veut couler!». Nous avons quand même été raisonnables. Nous quittions le centre d’urgence à minuit pour revenir à 6 h le lendemain matin. Je pouvais aller coucher dans ma maison car j’avais un poêle à bois au sous-sol.», poursuit Madame Meunier.

Entraide

Parmi les élans de générosité, madame Meunier évoque le bois de chauffage arrivé en renfort. Les citoyens qui apportaient des chaudrons de soupe chaude au centre d’urgence. Certains proposaient d’accueillir des familles sinistrées dans leur maison. Une buanderie de fortune avait été installée dans un entrepôt chez Robert Transport, où il y avait une génératrice pour la faire fonctionner.

«La municipalité avait acheté quatre kits de laveuses-sécheuses qui ont été mis à la disposition des sinistrés. Les gens pouvaient aussi prendre leur douche dans l’entrepôt. C’est drôle, parceque’aujourd’hui nous avons ici à l’APAM un kit de laveuse-sécheuse qui vient de la crise du verglas», lance Madame Meunier.

Rétrospectivement, Pierrette Meunier est fière du travail qui a été accompli par tous les intervenants à Rougemont. Cette crise aura permis de rapprocher les gens et de faire preuve d’initiatives dans les moments les plus difficiles.

«Nous avons appris au fil des événements. Si on avait à revivre une telle crise, nous serions prêts à réagir. Nous avons passé au travers de celle de 1998. Il y a beaucoup de choses qui ont été créées sur le moment. Je pense que nous nous en sommes très bien sorti», confie-t-elle.

20 ans déjà

Curieusement, le 20e anniversaire de la crise du verglas coïncide avec celui de l’Association des Pompiers Auxilliaires de la Montérégie, que l’on peut reconnaître à son autobus scolaire peint en rouge et qui vient en aide aux citoyens et aux pompiers lors des sinistres.

«Effectivement c’est en août 1998 que nous avons démarré le service de l’APAM. Nous avions reçu l’autobus en 1997, et il a fallu le modifier avant de le mettre sur la route. Avec la crise du verglas, le projet avait été mis sur la glace», conclut Pierrette Meunier.

L’APAM organisera au cours de l’année des événements pour célébrer son vingtième anniversaire.

Textes à venir : «Ma crise du verglas…»

Comment je l’ai vécu au quotidien comme reporter/photographe en zone dévastée !

Photos: André Corbeij ©