Souvenirs du verglas 1998 !

 

MARIEVILLE – Le 4 janvier 1998, je dois présider une réunion du conseil d’administration du Conseil régional des loisirs de la Montérégie à Saint-Hyacinthe.  La pluie verglaçante a déjà débuté. Le trajet, d’habituellement 30 minutes, me prend près d’une heure.  Le retour, vers 23 h, dure près de 2 heures, à une vitesse moyenne de 30 km/h.  Les route 116 et 227 sont de vraies patinoires.

Mardi le 5, vers 8h30, mes beaux-parents, résidents de Sainte-Marie-de-Monnoir, nous informent qu’ils n’ont plus d’électricité.  Nous les invitons à venir nous rejoindre.  Arrivés à la maison, ils nous disent que les chemins sont glacés, le verglas recouvre déjà une bonne partie du territoire.  À la radio, on annonce que plusieurs résidences de la Montérégie sont déjà sans électricité et que plusieurs routes étaient peu praticables, voire, dangereuses.

Devant les circonstances, j’ai dit à mon épouse Josée, que je devais me rendre à la mairie, car j’avais le pressentiment, maintenant, que nous avions tous les éléments d’une situation d’urgence.

Arrivé à la mairie, je me précipite au bureau de Gilles Belval, notre directeur de la sécurité publique.  Avec, Réjean Pelletier, notre directeur des Incendies, Gilles me fait un état de la situation.  Déjà, nos pompiers, policiers  et nos employés de la Voirie dirigés par Gérard Allard, ont répondu depuis la veille à différents appels pour sécuriser des secteurs de la ville.  Une partie de la ville est aussi privée d’électricité depuis la nuit et le matin.  Chez Hydro-Québec, personne n’est en mesure de nous répondre ou de nous faire une évaluation de la situation.

Nos citoyens, inquiets, privés d’électricité depuis quelques heures commencent à appeler pour s’informer des initiatives de la ville pour les aider.  La pluie verglaçante tombe toujours, menaçante et croissante. Vers 10h15, je décrète les mesures d’urgence, en me disant que nous en avions, certainement, pour quelques jours.

Jamais, je ne croyais que nous ferions face à une situation d’une telle ampleur.  Comment imaginer  que cette aventure durerait près de 30 jours consécutifs?

Dans la foulée de cette décision, nous contactons les dirigeants de l’Âge d’Or, afin de faire de leur salle un refuge pour les gens sans électricité.  Vers 11h, l’électricité commence à vaciller.  Nous cherchons une autre solution.  Le secteur de la salle de l’Âge d’or est maintenant privé d’électricité.

De concert avec Guy Lussier, propriétaire du Pavillon Lussier, nous y établissons un centre d’hébergement.  Le Pavillon Lussier, une salle de réception, est pleinement autonome avec une génératrice et une alimentation au gaz naturel.  Nous sommes mardi midi.  On organise le centre pour accueillir nos citoyens.

Mercredi, la pluie verglaçante a modéré, arrêtée en après-midi.  Petit sursis pour nos équipes qui continuent de travailler ardemment pour dégager nos infrastructures de la glace et des débris de branches et d’arbres qui jonchent les rues de la ville.  De grands froids, par ailleurs, nous assaillent, il neige.

Vers l’heure du souper, l’optimisme nous envahit.  L’électricité revient dans une bonne partie de la ville, nous permettant d’espérer un répit et de permettre à nos équipes de récupérer.  Vers 18h00, « black-out » total.  Les pylônes surchargés de glace commencent à s’effondrer autour du poste de Saint-Césaire, plongeant la majorité de la Montérégie dans le noir total.  Le Triangle noir de la Montérégie est ainsi créé.  Marieville est au cœur du Triangle noir.

Nous avons maintenant besoin de plus d’hébergement, nous occuperons dorénavant l’école secondaire Euclide-Théberge.  Des infrastructures minimes de secours y sont présentes.  La cafétéria et son personnel  avec des bénévoles sont mis  à contribution, mais les réserves seront rapidement épuisées dans les jours qui suivront.   Malgré la situation, nous fonctionnons toujours en mode temporaire, sans penser que cela perdurera encore.Nos contacts à Hydro-Québec et  à la Sécurité civile restent positifs et optimistes.

Jeudi le 7, en soirée, les autorités se doivent d’être réalistes, on nous confirme l’arrivée de l’armée canadienne en soutien à nos efforts locaux sur le terrain.  Nous commençons à avoir besoin de relève.  Nos équipes commencent à être essoufflées.  Nos « hommes » travaillent sans relâche depuis lundi, avec abnégation et altruisme.  Ils ont des familles eux aussi, qui sont aux prises avec les mêmes problèmes, ils continuent malgré tout, avec  le souci, eux également, de savoir ce qu’il adviendra de leur maison, de la sécurité de leur famille.  Je les admire et leur fais part de notre satisfaction.

Vendredi soir, l’armée arrive.  Rencontre avec le lieutenant-colonel Benjamin, originaire d’Iberville.  Il m’explique le mandat de l’armée.  Je lui fais part que nous avons besoin de plus que cela.  Je joue la carte des connaissances communes que nous avons, et qu’à titre d’ancien cadet de l’Armée, je connais la chaîne de commandement.  Nous avons des besoins particuliers pour la sécurité, la voirie.

Nous convenons de paramètres d’implication de ses hommes, et le soir même, ces valeureux soldats patrouillent la ville au côté de nos policiers et de nos pompiers, contribuant ainsi à sécuriser notre territoire. Des génératrices viennent supporter les systèmes de la « Polyvalente » et une cuisine de campagne est installée pour subvenir aux besoins croissants de notre centre d’hébergement.

L’arrivée de l’armée nous a permis de réellement prendre un contrôle supplémentaire de notre situation et d’assumer  pleinement le rôle qui nous était dévolu comme organisation municipale responsable de ses mesures d’urgence.

Durant ce temps, je maintiens des contacts permanents avec la Sécurité civile afin de trouver des génératrices qui puissent subvenir à nos besoins et alimenter la « Polyvalente » de façon convenable.  Indubitablement, je ne suis pas le seul maire en Montérégie qui fait de telles démarches.  Le gestionnaire de la Sécurité civile affecté à notre ville est débordé, mais poursuit inlassablement son travail pour répondre à nos besoins.

Samedi , miracle!  Accoudé à mon bureau de la mairie, je reçois un appel de la Sécurité civile, trois génératrices sont mises à notre disponibilité par une mine d’or de Chibougamau.  Il faut organiser le transport.   On me suggère, le transporteur Thibodeau-Saguelac.  Je me mets au téléphone.  Coup de veine, le représentant de l’entreprise est conseiller municipal à Chibougamau et fera tout son possible pour nous « accomoder ».  Yesss!  JE suis fier de mon coup!

Lundi soir, les génératrices arrivent, nos équipent d’électriciens se mettent à l’œuvre.  La génératrice est si forte que nous la branchons directement sur l’entrée électrique de l’école et alimentons la bâtisse au complet.  Nous n’avions pas ouvert la piscine, afin de nous éviter une source de problème de sécurité et de gestion supplémentaire.

Dès lors, la gestion de nos mesures d’urgence devenait, sans être moi ns lourde, dénuée d’une source de stress permanente, nous permettant ainsi  d’assumer nos responsabilités quotidiennes en « focussant » sur les besoins de nos citoyennes et citoyens, leur sécurité et leur bien-être.

Communications quotidiennes, gestion rigoureuse des ressources humaines et bénévoles, organiser des activités de loisirs pour les gens hébergés, veille stratégique de nos infrastructures, sont la suite des jours qui ont suivis, jusqu’au rétablissement de l’électricité sur notre territoire.

Une kyrielle de décisions de gestion, en collégialité avec notre équipe de coordination des mesures d’urgence, ont été prises par la suite pour le bien-être de notre population.
Aujourd’hui, c’est à ces femmes et ces hommes qui ont participé généreusement et sans compter à la gestion de nos mesures d’urgence, auxquels je veux dire encore merci.  Par leur altruisme et leur contribution concrète, ils ont permis d’offrir à notre population, sécurité et réconfort.

Merci aussi à nos citoyennes et citoyens de Marieville, qui ont démontré une grande solidarité, un esprit d’entraide humanitaire dont nous pouvons être fiers.  Une discipline aussi, qui nous a permis, comme gestionnaires de mesures d’urgence d’exercer notre travail avec rigueur et facilité, pour le bien-être de l’ensemble de notre belle collectivité.
Finalement, un « gros merci », à une multitude de personnes de l’extérieur de notre ville, qui ont contribué de différentes façons à faciliter et améliorer le quotidien de nos citoyennes et citoyens affectés par cette situation d’urgence sans précédent.

Vingt ans plus tard, je n’ai que ces mots pour résumer le « verglas 1998 » : solidarité, humanité, charité, gratitude.

Sylvain Lapointe,
Maire de Marieville de 1993 à 2002.