Un personnage qui donne le ton: Le maître-chantre !

Paul-Henri Hudon

HISTOIRE – Dans les villages d’autrefois, la musique était le fief du maître-chantre, du curé, de  l’organiste et de la femme  du notaire (Collectionscanada.gc.ca).

Il avait de la voix, du coffre, le chantre attitré. S’il n’avait pas l’éloquence d’un M. Chapleau, ni la plume d’Arthur Buies, il savait émouvoir par son organe vocal ! Il rivalisait avec le “souffleur” de l’orgue, à savoir qui porterait les notes jusqu’au-delà de la rivière. Le “Credo” de la messe des Morts, les litanies de Saint-Joseph, le “Panis Angelicus” du Salut, rien ne lui était hors de portée. Chant grégorien et monodie latine, jouant entre le moderato et l’allegro, il faisait l’envie du curé qui tenait à peine son point d’orgue. Le maître-chantre pouvait, lui, maintenir la dernière note, prolonger la musique vocale bien au-delà du temps marqué. De plus quand on détenait ce privilège, on le tenait longtemps

Chambly a connu des réputés maître-chantres:

Jean-Baptiste Renaudet, maître-chantre depuis 1788 jusqu’à environ 1830, demeurait justement tout près de l’église. Son défunt père avait même donné à la paroisse en 1739, le terrain où sont l’église, le presbytère et le cimetière. Le premier chantre payé l’a été à partir du 14 décembre 1788, pour une somme de 150 chelins, soit 30 piastres annuels. (SHSC, Boîte, D-1-4).  Renaudet sera remplacé  par Basile Mignault (Scheffer: 25 octobre 1852; 31 octobre 1864), qui restera en fonction jusque vers 1866. Ensuite  Henri Dalpé dit Parizeau, (Scheffer, 18 janvier 1866), puis Azarie Lavigne, deviennent maîtres-chantres.  (Registres de Saint-Joseph, 7 mai 1868).

Dans la hiérarchie des fonctions civiles de la paroisse, le maître-chantre trônait loin au-dessus du bedeau, et très loin au-dessus du fossoyeur.

Le Père Gédéon (Qui se souvient de ce feuilleton télévisé ?) était cultivateur dans la Beauce. Ce qui est très banal. Mais ce qui le distinguait dans son village c’est qu’il était maître-chantre. Fonction rare. Poste de qualité et occupation honorable. Il était “quelqu’un” au-dessus du commun des paroissiens. C’est lui qui avait le privilège de chanter la grand-messe et d’entonner le “Minuit Chrétiens” à la messe de minuit. Imaginez l’auditoire attentif à la dernière note du “Noël-el-el-el”… Va-t-il détonner ? Eh non ! en reprenant plus bas le “Chantons le Rédempteur”, la foule aurait volontiers applaudi, si ce n’était le silence obligé.

Illustration: Dessin du maître-chantre, par Henri Julien.